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Enquête d’initiative OI/9/2014/MHZ sur les moyens par lesquels Frontex garantit le respect des droits fondamentaux dans le cadre d’opérations conjointes de retour
Correspondance - Date Lundi | 20 octobre 2014
Affaire OI/9/2014/MHZ - Ouvert le Lundi | 20 octobre 2014 - Décision le Lundi | 04 mai 2015 - Institution concernée Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes ( Pas d’acte de mauvaise administration constaté ) - Pays Pologne
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M. Gil ARIAS-FERNÁNDEZ Directeur
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Strasbourg, le 20/10/2014
Enquête d’initiative [1] OI/9/2014/MHZ concernant les moyens par lesquels Frontex garantit le respect des droits fondamentaux dans le cadre des opérations conjointes de retour
Monsieur,
Selon la communication de la Commission de 2014 sur la politique de l'UE en matière de retour [2], Frontex a coordonné 209 opérations conjointes de retour (OCR) qui ont renvoyé 10 855 personnes entre 2006 et 2013. La Commission souligne qu’aucune violation des droits fondamentaux n’a été signalée au cours des ORC. Dans le même temps, la Commission s’inquiète du fait que seule la moitié des ORC ont fait l’objet d’un suivi indépendant.
De par leur nature même, les opérations de retour forcé peuvent entraîner de graves violations des droits fondamentaux. Cela suscite inévitablement certaines inquiétudes. Il est important que le public sache comment Frontex est équipée pour faire face à toute violation qui pourrait avoir lieu et quelles mesures elle prend pour minimiser le risque que de telles violations se produisent. C’est dans ce contexte que j’ai décidé d’examiner et d’évaluer, au moyen d’une enquête d’initiative, comment Frontex veille à ce que les ORC respectent les droits fondamentaux des personnes faisant l’objet de retours forcés.
L’enquête porte notamment sur la coopération de Frontex avec les organismes nationaux de contrôle [article 9, paragraphe 1 ter, du règlement Frontex [3], en liaison avec l’article 8, paragraphe 6, de la directive «retour»[4]]. Comme vous le savez, tous les médiateurs nationaux des États membres de l’UE, ainsi que le Médiateur européen, appartiennent au réseau européen des médiateurs. En outre, certains des médiateurs nationaux du réseau participent au suivi des opérations de retour [5]. C'est pourquoi j'ai écrit aux médiateurs nationaux pour les informer de cette enquête. Plus précisément, je leur ai demandé de me fournir toute information pertinente, y compris leurs propres enquêtes éventuelles, afin de promouvoir un suivi indépendant, efficace et transparent des opérations de retour.
Pour faciliter l’enquête, je vous saurais gré de bien vouloir répondre aux questions et demandes d’informations suivantes:
En ce qui concerne le traitement des rapatriés
1. Au cours d’un ORC, le personnel de Frontex peut-il remettre en question les documents nationaux d’«aptitude au voyage» dans le cas de rapatriés qui sont, par exemple, manifestement malades ou en état de grossesse avancée?
2. Qui est responsable du bien-être des rapatriés pendant qu'ils sont à bord de l'avion?
3. En juillet 2013, Frontex a adopté un code de conduite sur les ORC (ci-après le «code»). Frontex pourrait-elle envisager, sur la base de son expérience avec le code, de publier des normes relatives au comportement des escortes en tant qu’annexe au code (l’article 6, paragraphe 4, du code dispose ce qui suit: «L’État membre organisateur et Frontex décident de la liste des restrictions autorisées avant le BRC. Cette liste doit être distribuée à l'État membre participant concerné avant l'ODC: (...)")?
4. L’article 5, paragraphe 2, du code fait référence aux plaintes déposées par des rapatriés alléguant des mauvais traitements au cours du JRO. Qui est censé traiter de telles plaintes, à qui doivent-elles être soumises et à quel stade du JRO? Après avoir appliqué le code pendant un an, Frontex dispose-t-elle d’informations sur l’application de cette disposition?
5. Frontex pourrait-elle expliquer comment elle garantit la mise en œuvre effective de l’article 18 du code de conduite sur les ORC, qui dispose que «le soutien financier de Frontex aux États membres pour les ORC est subordonné au plein respect de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne»[6]?
En ce qui concerne les rapports
6. En décembre 2012, Frontex a nommé son officier aux droits fondamentaux, qui est chargé de surveiller, d’évaluer et de formuler des recommandations sur la protection des droits de l’homme dans toutes les activités et opérations de Frontex, y compris celles liées aux ORC. La contribution écrite de l’officier aux droits fondamentaux en ce qui concerne le respect des droits fondamentaux au cours des ORC pourrait apporter une contribution précieuse à l’enquête. Frontex pourrait-elle solliciter de telles contributions et les joindre à son avis?
7. Y a-t-il eu des rapports concernant des violations présumées des droits fondamentaux de la part de participants aux ORC par l’intermédiaire du système de notification des incidents graves de Frontex (article 16 du code de conduite relatif aux ORC)? Si oui, comment ont-ils été traités? Veuillez noter que la Médiatrice souhaite également consulter les rapports de Frontex sur les ORC.
8. Frontex a-t-elle envisagé de publier les rapports finaux sur les opérations de retour sur son site web, le cas échéant en occultant des informations confidentielles?
En ce qui concerne le suivi des ORC
9. Selon la communication de la Commission de 2014, aucun contrôleur indépendant n’est présent dans la moitié des ORC. Quelles mesures Frontex propose-t-elle pour améliorer cette situation? À cet égard, la Médiatrice note que, dans sa communication, la Commission recommande que, dans son code de conduite sur les ORC, Frontex précise clairement que chaque ORC fera l’objet d’un suivi indépendant. Frontex l'a-t-elle fait?
10. Comment Frontex veille-t-elle à l’application de l’article 14 de son code de conduite sur les ORC, en particulier en ce qui concerne l’accès des contrôleurs aux informations et les personnes faisant l’objet d’une décision de retour, et à l’inclusion des observations des contrôleurs dans les rapports finaux de Frontex sur les ORC?
11. La communication de la Commission de 2014 mentionne que le Centre international pour le développement des politiques migratoires gère actuellement un projet financé par l'UE visant à harmoniser les différentes approches de suivi adoptées par les États membres. Frontex est-elle impliquée dans ce projet? Quelles mesures Frontex prend-elle pour encourager l’échange de bonnes pratiques entre les organismes nationaux de suivi établis en vertu de l’article 8, paragraphe 6, de la directive «retour»?
12. L’article 14, paragraphe 5, du code de conduite de Frontex sur les ORC prévoit que les contrôleurs peuvent également effectuer des contrôles au nom d’autres États membres participant à l’ORC. Frontex prend-elle des mesures pour encourager un tel « suivi représentatif »?
13. L'Agence des droits fondamentaux estime que, pour être efficaces, les systèmes de surveillance des retours forcés devraient couvrir toutes les activités d'éloignement, y compris l'accueil dans le pays de destination [7]. À cet égard, le Médiateur européen comprend qu'en 2013, le bureau du Médiateur serbe (dans son rôle de mécanisme national de prévention établi en vertu du Protocole facultatif à la Convention contre la torture) a coopéré avec un forum de surveillance dirigé par une église allemande en ce qui concerne la phase postérieure au retour.
Frontex envisagerait-elle de s’inspirer de cette expérience afin de promouvoir le suivi régulier de la phase postérieure au retour?
Je vous saurais gré de bien vouloir soumettre un avis répondant aux questions et demandes de renseignements susmentionnées pour le 31 janvier 2015 au plus tard.
Je tiens également à vous informer qu’au cours de mon enquête, je pourrais envisager de publier l’avis de Frontex sur mon site web et de donner aux tiers intéressés la possibilité de formuler des observations.
Si vos services ont besoin de plus amples informations ou d'éclaircissements concernant cette enquête, y compris sur la manière d'organiser l'inspection des documents mentionnés au point 7 ci-dessus, n'hésitez pas à contacter Mme Marta Hirsch-Ziembinska (+33 388 17 27 46), cheffe de l'unité Plaintes et enquêtes, qui est responsable de l'enquête.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sincères
Emily O'Reilly
[1] Le Médiateur procède à des enquêtes de sa propre initiative lorsqu'il trouve des raisons de le faire. En plus d'enquêter sur d'éventuels cas de mauvaise administration, ces enquêtes ont pour but d'aider l'institution concernée et de promouvoir les bonnes pratiques administratives.
[2] COM(2014) 199 final
[3] Règlement no 1168/2011, du 25 octobre 2011, modifiant le règlement (CE) no 2007/2004 du Conseil portant création d’une Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (JO 2011, L 304).
[4] Directive 2008/115/CE, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (JO 2008, L 348).
[5] C’est le cas en Autriche, en Bulgarie, en Croatie, à Chypre, en République tchèque, au Danemark, en Grèce, en Espagne, en Finlande, en Hongrie, en Lettonie, en Pologne, en Suède et en Slovaquie.
[6] Voir également l’article 9, paragraphe 1, du règlement Frontex.
[7] Rapport annuel 2013 de la FRA, page 45.